Le Fleuve

The River (France, 1951), un film de Jean Renoir avec Nora Swinburne, Esmond Knight et Arthur Shields. Durée : 1h39. Reprise France : 5 décembre 2012. Produit par Oriental International Films et distribué par Carlotta.

Un film intriguant où l’exotisme colonial n’est qu’un prétexte à déployer un portrait collectif de jeunes femmes au sortir de l’adolescence, qui découvrent le désir et rêvent d’ailleurs.

Par un heureux hasard de calendrier Le Fleuve est distribué en salles le même jour que Tabou de Miguel Gomes (qui a trouvé son public dès les premières séances de son exploitation commerciale, excellente nouvelle.) Les deux films, au-delà de leur beauté, partagent plusieurs points communs : l’exotisme, l’évocation de souvenirs enfouis, et le mélodrame. Le bovarysme aussi, avec dans Le Fleuve de magnifiques portraits de jeunes femmes qui quittent l’adolescence, expérimentent l’ennui provincial (ici l’ennui colonial) et découvrent en même temps que l’attrait des hommes la société, cruelle et hypocrite, des adultes. Et plus profondément il y a chez Renoir et Gomes une conception voisine du cinéma et de la manière de faire des films, une vision cosmique de la vie, de l’amour et la mort. Production américaine tournée en Inde par un cinéaste français, d’après un roman et avec des interprètes anglais, Le Fleuve est sans doute le sommet de l’œuvre de Renoir, le film où s’exprime avec le plus de sérénité et d’universalité sa philosophie de la vie, au-delà du simple choc des cultures. — Olivier Père