Les Proies

The Beguiled (États-Unis, 1971), un film de Don Siegel avec Clint Eastwood, Geraldine Page et Elizabeth Hartman. Durée : 1h45. Reprise France : 9 avril 2003. Produit par Jennins Lang.

Infiniment plus trouble que la version de Coppola fille, Les Proies de Don Siegel est un huis clos à la mise en scène géniale.

Clint Eastwood n’a pas entendu longtemps pour effriter sa statue de héros monolithique et indestructible. Dès 1971, il campait pour Don Siegel, son second cinéaste d’élection après Sergio Leone, un soudard yankee recueilli par neuf femmes sudistes d’âges différents recluses dans une institution de jeunes filles en pleine Guerre de Sécession. Blessé à la jambe, immobilisé et séquestré, il se transforme vite en homme objet, attisant par son intrusion virile la frustration et l’hystérie des pensionnaires. Cyniques et hypocrites, ses différentes entreprises de séduction n’ont pour seuls objectifs que d’échapper à la surveillance de ses geôlières et rejoindre son armée. Mais le soldat sera finalement piégé et détruit par son propre appétit libidinal et ses instincts violents. Les Proies ne se résume pas à un contre-emploi pour Clint Eastwood. C’est l’un des meilleurs films de Siegel, moins misogyne que misanthrope et antimilitariste, dont les effets de compositions baroques et l’interprétation outrée accentuent le climat étouffant et théâtral. Noyées dans les ténèbres et surchargées de fondus enchaînés, les images de Siegel et de son chef opérateur Bruce Surtees osent jusqu’au maniérisme pictural le plus échevelé comme la superposition du corps meurtri et érotique du mâle Clint avec un tableau du Christ à la descente de croix.

Olivier Père, Arte