L’île au trésor

L’île au trésor (France, 2018), un film documentaire de Guillaume Brac. Durée : 1h37. Sortie France : 4 juillet 2018. Produit par Batysphere et distribué par Les Films du Losange.

Cet endroit – l’île de loisirs de Cergy-Pontoise –, c’est le territoire que Guillaume Brac s’est donné à explorer pour son deuxième long-métrage, qui opère un détour par le documentaire. Brac n’en poursuit pas moins le même sentiment que dans ses fictions précédentes : celui de la « vacance », cette poche de temps qui libère l’existence, la rend plus douce, plus sensible, plus cruelle parfois. Or, c’est ce même sentiment qu’on retrouve à la base de Cergy (en elle-même insignifiante) : un concentré de disponibilité, une réserve inépuisable de rencontres, de visages, de silhouettes, de conversations et de façons d’être.

Fidèle à l’appel stevensonien de son titre, L’Ile au trésor convoque dès les premières images un imaginaire aventurier : une bande de gamins s’infiltre en douce dans le parc, dont l’entrée est payante, mais se font vite repérer par des vigiles qui les reconduisent à la sortie. Le film ne cesse ensuite de voguer au gré des rencontres, passant d’adolescents dragueurs en retraités nostalgiques, de plongeurs turbulents aux agents de prévention décontractés, de resquilleurs aux as du barbecue… Guillaume Brac prend soin de varier ses modalités d’approche (saynètes, entretiens, récits en voix off) et privilégie les plans larges pour replacer chacun dans l’étendue indolente de son bout de nature. Ainsi rassemblés, les plaisanciers composent un portrait mixte et bigarré de la France d’aujourd’hui, une petite Babel à ciel ouvert où se croisent diverses cultures, langues et provenances. — Mathieu Macheret, Le Monde

Le film fait beaucoup penser au documentaire de Claire Simon sur le bois de Vincennes, Le Bois dont les rêves sont faits (Slate fait d’ailleurs le même parallèle) ; il y a derrière la même envie de montrer un microcosme qui se construit dans la flânerie. Mais Guillaume Brac est plus doué que Claire Simon dans la façon dont il capte les dialogues et les atmosphères. Certains passages feraient presque penser à du Kechiche en miniature. Ce n’est pas un grand film mais ça confirme un talent et un regard, en attendant de voir Contes de juillet qui me paraît plus périlleux comme exercice.