L’Insoumis

L’Insoumis (France, 1964), un film de Alain Cavalier avec Alain Delon, Léa Massari et Georges Géret. Durée : 1h55. Reprise France : 14 février 2018. Produit par Cipra Films et distribué par Park Circus.

Dans la première partie de sa carrière aux multiples facettes, Alain Cavalier a célébré la beauté féminine mais aussi masculine en filmant successivement trois vedettes à l’insolente jeunesse : Romy Schneider (Le Combat dans l’île), Alain Delon (L’Insoumis) et Catherine Deneuve (La Chamade). L’Insoumis est le plus étonnant de ces trois films magnifiques. C’est également le moins connu, victime des tracasseries de la censure et d’un procès qui lui coûtera près de trente minutes et le fera disparaître prématurément des écrans.

L’Insoumis est le portrait d’un déserteur, ancien soldat de la légion étrangère, qui trahit des employeurs, membres de l’OAS, et permet l’évasion à Alger d’une avocate qu’il était censé surveiller dans sa geôle. Le film aborde le sujet encore brûlant de l’indépendance de l’Algérie moins de deux ans après la vague d’attentats meurtriers organisés par l’Organisation armée secrète. Pourtant cette histoire d’enlèvement puis de libération n’a rien d’un pamphlet politique. Il n’y est pas question d’une prise de conscience. C’est de manière instinctive que le personnage interprété par Delon choisit d’aider la jeune femme séquestrée. Il a pitié d’elle et refuse de demeurer passif. Le prologue du film nous le montre déjà désobéir à son officier pour courir au secours d’un copain sous les balles des fellaghas. C’est un individualiste dont le seul idéal est la liberté, qui lui permettrait de retrouver sa petite fille qu’il n’a jamais vue.

L’Insoumis ne cache pas sa dette envers le film noir américain, son atmosphère violente et ses antihéros romantiques. La cavale de ce jeune fugitif blessé prend des accents tragiques. Delon, fort de sa précoce gloire et de son magnétisme angélique, est superbe en animal traqué. Cavalier met son style épuré au service de l’action. Il enregistre avec précision les déplacements félins de son acteur. Quelque part entre Bresson et Walsh, L’Insoumis est l’un des diamants secrets du cinéma français. — Olivier Père

Le film est effectivement à part dans ce que je connais de la filmographie d’Alain Cavalier, mais c’est vrai que cette première période de son cinéma m’est encore inconnue. L’Insoumis, qui ressort curieusement en même temps que le documentaire du même nom sur Mélenchon, est un hommage appuyé au film noir mais il porte partout la marque du réalisateur : des passages avec plusieurs plans très courts successifs séparés par des fondus au noir, des portraits et des plans sur les mains très appuyés, l’écriture si juste des dialogues. Le scénario a l’intelligence de ne pas s’attaquer frontalement à la guerre d’Algérie, c’est avant tout l’histoire d’un homme à la recherche de sa propre liberté, ce qui correspond parfaitement au jeu d’Alain Delon. Léa Massari est aussi sublime avec