L’Insoumise

Jezebel (États-Unis, 1938), un film de William Wyler avec Bette Davis, Henry Fonda et George Brent. Durée : 1h43. Produit par First National Pictures.

Si on peut trouver l’appellation de “faiseur de talent sans grand génie personnel” appliquée parfois à Wyler quelque peu réductrice, force est de constater que Jezebel est tout entier voué à faire resplendir la star maison Warner. Cette époque (les années 30), généralement peu chérie des cinéphiles contemporains, est marquée par la naissance du code “Hays” (code de censure destiné à bannir du cinéma américain un certain nombre de thèmes et d’éléments jugés immoraux) et par la crise qui frappa le pays, mettant à mal le système économique des studios. L’heure est aux économies, à l’efficacité, le réalisateur est un ouvrier parmi d’autres et la mise en scène même prend une tournure purement utilitaire. Wyler impose pourtant ses vues et, finalement dans l’intérêt même du studio, offre à Bette Davis un somptueux écrin. Tiré d’une pièce à l’argument plutôt commun (le sud d’avant la guerre de sécession, une histoire d’amour somme toute bien ordinaire), Jezebel est avant tout l’histoire de la fin d’un monde. Le sud, vieillissant et sclérosé, se meurt. On y règle encore les “affaires d’honneur” dans un champs à l’aube et au pistolet, et les jeunes filles non mariées ne peuvent aller au bal en portant une autre couleur que du blanc. Cette aristocratie décadente, ancrée dans de trop anciennes traditions, ne sent pas venir le vent du changement, elle finira emportée dans le souffle pestilentiel de ses marais croupissants. Avec elle, Julie, l’insoumise, incarnation de ce sud fier et indomptable, partira sur le chariot portant les morts de la Nouvelle Orleans vers l’île qui sert de mouroir à ceux atteints par la fièvre jaune, ultime acte de fierté (certains préfèreront parler de rédemption) d’un monde définitivement balayé par le souffle du progrès.

Olivier Gonord, DVDClassik

Bette Davis au fait de sa gloire dans un rôle de femme du sud qui ira jusqu’au bout d’un sacrifice absurde pour l’identité de son territoire, face au triomphe de la côte Est incarnée par l’arrivée de New-Yorkais méprisants. La séquence finale avec l’arrivée de la fièvre jaune et les cartons « Yellow Jack! » est super.