Green Book

Green Book (États-Unis, 2018), un film de Peter Farrelly avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali et Linda Cardellini. Durée : 2h10. Sortie France : 23 janvier 2019. Produit par Participant Media et distribué par Metropolitan FilmExport.

Feel-good movie bon esprit avec Vigo Mortensen dans un rôle improbable d’italien New-Yorkais, Green Book s’en sort plutôt bien en restant loin du registre potache où l’on attendrait l’un des deux frères Farrelly. C’est un vrai film de Noël, assez dégoulinant sur la fin mais gentiment drôle dans son ventre mou.

La Ballade du soldat

Ballada o soldate (Russie, 1959), un film de Grigori Tchoukhraï avec Vladimir Ivachov, Antonina Maximova et Zhanna Prokhorenko. Durée : 1h03. Produit et distribué par Mosfilm.

Si le mélodrame et le romanesque imprègnent également La Ballade du soldat, il ne s’agira pas de les ériger en rempart de l’idéologie mais plutôt pour émouvoir sur les conséquences de la Deuxième Guerre mondiale sur le peuple russe. Tchoukhraï et son scénariste Valentin Ezhov ont connu le front (Tchoukhraï ayant même été décoré) et souhaitent traduire leur expérience, non pas du combat mais des amitiés nouées et de la douleur de perdre des camarades aimés sur le champ de bataille. Le choix radical de filmer un film de guerre sans guerre ne passe pas auprès du comité de censure, et le réalisateur ajoutera ainsi la spectaculaire scène d’ouverture où le jeune Aliocha (Vladimir Ivachov) se distingue en détruisant deux tanks. Le héros refuse la décoration militaire promise pour obtenir la permission d’aller rendre visite à sa mère. Dans un pays à feu et à sang, ce bref retour constituera une véritable odyssée.

Justin Kwedi, DVDClassik

En dépit d’un sujet assez lourd, le film est d’un optimisme forcené mais aussi d’une grande et honnête simplicité dans sa mise en scène. Au final il est très émouvant.

An Elephant Sitting Still

An Elephant Sitting Still (Chine, 2018), un film de Hu Bo avec Yuchang Peng, Yu Zhang et Uvin Wang. Durée : 3h50. Sortie France : 9 janvier 2019. Produit par Dongchun Films et distribué par Capricci.

Le côté croisement des destins en montage alterné pourrait être lourdingue mais la photographie est vraiment très belle et la mise en scène n’en rajoute pas. Le film fonctionne sur un épuisement progressif de ses personnages, sur le plan moral autant que physique, dans une Chine darwinienne où rien ne subsiste comme horizon que la folie ou la fuite.

Hyènes

Hyènes (Sénégal, 1992), un film de Djibril Diop Mambety avec Ami Diakhate, Mansour Diouf et Makhouredia Gueye. Durée : 1h50. Reprise France : 2 janvier 2019. Produit par ADR Productions et distribué par JHR Films.

Sur le champ de ruines du cinéma africain, belle utopie trop tôt enterrée, la lumière de quelques étoiles brille encore très fort dans le ciel des cinéphiles. Parmi elles, le météore sénégalais Djibril Diop Mambéty, autodidacte de génie sortant des clous du cinéma d’auteur occidental aussi bien que de l’épure du film de village africain. L’œuvre métissée de Diop en est précisément l’émancipatrice synthèse, réalisée sous l’effet d’une puissante poésie.

L’affaire se joue vite et fort. Né en 1945, à Colobane, dans la banlieue de Dakar, viré de l’école, viré du Théâtre national Daniel-Sorano, mort en 1998, à Paris, il n’en aura fait qu’à sa tête, laissant derrière lui deux longs-métrages (Touki Bouki, 1973 ; Hyènes, 1992) et trois moyens-métrages (Badou Boy, 1970 ; Le Franc, 1995 ; La Petite Vendeuse de soleil, 1999) qui tombent comme la foudre. On ne voit guère que l’œuvre du Brésilien Glauber Rocha, poussée à l’ivresse par son « esthétique de la faim », pour donner un élément de comparaison.

L’aubaine, c’est de pouvoir redécouvrir Hyènes aujourd’hui en salle. Près de vingt ans ont passé après Touki Bouki, chef-d’œuvre moderniste dont l’insuccès fut cinglant. Un minimum d’imagination permet de reconstituer un lien entre les deux films. Le premier mettait en scène Anta et Mory, un jeune couple amoureux – issu pour elle d’un bidonville dakarois, pour lui du pastoralisme – qui rêve d’embarquer pour la France. S’ensuit une ­campagne à la Bonnie et Clyde, grand carnaval esthétique où l’onirisme, l’humour et le dépassement imaginaire des asservissements de la tradition et du colonialisme emportent tout sur leur passage. Elément moteur de cet envol, le rimbaldien Mory, par une ultime et héroïque volte-face, abandonne sa compagne sur le bateau et retourne à sa terre.

Or, quelle histoire met en scène, vingt ans plus tard, Hyènes ? Le retour en son village natal de Linguère Ramatou, une vieille femme décatie qui a fait fortune dans le vaste monde en vendant ses charmes, et qui ne revient que pour se venger de Dramaan Drameh, épicier estimé du village, qu’elle accuse de s’être honteusement conduit avec elle au temps de leur jeunesse, l’abandonnant après l’avoir mise enceinte et la faisant chasser du village. La fable a beau être adaptée de La Visite de la vieille dame (1955), célébrissime pièce de théâtre de l’écrivain suisse Friedrich Dürrenmatt, on ne peut manquer de faire le lien avec Touki Bouki.

Jacques Mandelbaum, Le Monde

Très belle ressortie par JHR dans une version restaurée, qui rend un bel hommage aux couleurs incroyables du film. La B.O. est aussi super et le scénario est plein d’humour autant que d’amertume.

Interstellar

Interstellar (2014), un film de Chrisopher Nolan avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway et Michael Caine. Durée : 2h49. Sortie France : 5 novembre 2014. Produit par Legendary Pictures et distribué par Warner Bros.

Nolan a toujours ce tic fatiguant qui consiste à vouloir boucler ses scénarios en les renversant sur la tête pour que tout finisse bien, quitte à s’affranchir de toute vraisemblance ou à y perdre en qualité d’écriture. Interstellar n’y échappe pas, mais les trois premiers quarts sont tellement réussis en terme de mise en scène que ça reste un très bon film de SF.

Asako I & II

Asako I & II (Japon, 2018), un film de Ryusuke Hamaguchi avec Masahiro Higashide, Erika Karata et Koji Seto. Durée : 1h59. Sortie France : 2 janvier 2019. Produit par Bitters End et distribué par Art House.

Un scénario lourdingue et des personnages fades et sans consistance, Asako est très décevant après la réussite de Senses. Quelques scènes sont touchantes, comme la demande en mariage en faisant la vaisselle, mais l’inconstance du personnage d’Asako frise la bêtise et fait rapidement décrocher du film.