Possession

Possession (Allemagne, 1981), un film d’Andrzej Zulawski avec Isabelle Adjani, Sam Neill et Margit Carstensen. Durée : 2h05. Sortie France : 27 mai 1981. Produit par Marianne Productions.

Depuis le temps que Chaos Reigns en parle, j’attendais avec impatience de me mettre au cinéma de Zulawski. Belle entrée en matière avec Possession, qui malgré un début pataud arrive rapidement à mettre en place une mise en scène démente, portée par Adjani en démente prise dans un triangle amoureux, et tombée amoureuse d’un monstre. Le côté métaphorique sur la paranoïa en Allemagne de l’Est fait un peu gadget, la puissance horrifique du film suffisant à le rendre intéressant.

Portnoy et son complexe

Portnoy et son complexe, Philip Roth, Gallimard, 1973

C’est le troisième roman de Philip Roth, paru aux Etats-Unis sous le titre Portnoy’s complaint. L’écrivain y imagine le discours qu’un patient très complexé de trente-trois ans, fils d’immigrés juifs, tient à l’intention de son analyste, avant même que débute son analyse. Il lui relate son enfance et sa vie dans sa famille. […] En juillet 1970, l’écrivain Alain Clerval était venu livrer ses impressions sur Portnoy et son complexe sur France Culture. Il s’attardait d’abord sur le titre anglais, Portnoy’s complaint : « La lamentation c’est à la fois la prière et l’imploration de Dieu dans la religion juive, et c’est le ton, sur un mode ironique, qu’a choisi Philip Roth pour traiter un sujet qui n’a rien de religieux. » Dans cette émission, Alain Clerval replaçait ce roman dans le courant très fécond de la littérature juive de New York, dans la lignée de J.D. Salinger, Saul Bellow… autant d’écrivains ayant émergé après la guerre. Pour lui, l’accent très neuf de cette littérature résidait dans sa dimension burlesque. Il voyait en Portnoy et son complexe un tableau de mœurs très drôle et grinçant, mais d’un très grand lyrisme malgré la délicatesse du sujet, les obsessions d’Alexander Portnoy tournant essentiellement autour de la sexualité : « Il se réfugie dans une quête féminine extraordinaire, interminable. Jamais la société ne vient à bout de cette fièvre avide qui le précipite auprès de toutes les femmes qui, il faut le préciser, sont toutes des aryennes. […] Il y a des portraits de femmes extrêmement amusants, mais tout ça avec une certaine tendresse. Ce n’est pas du tout vulgaire malgré la crudité des scènes. » Il soulignait aussi la dimension satirique de la peinture faite par Roth de l’éducation juive dans ce milieu d’immigrants d’Europe centrale établis depuis peu aux Etats-Unis – le récit se déroule notamment dans le quartier de Newark, à la périphérie de New-York, où vivent beaucoup de Juifs : « Philip Roth s’en prend à l’éducation archaïque qu’il a reçue de parents à la fois charmants, mais tellement inquiets héréditairement qu’ils traumatisent à leur tour leurs enfants. Les vieilles terreurs juives, la mémoire des pogroms et des immigrations, ne s’expriment pas de façon religieuse, mais de façon laïque, dans la vie quotidienne, par des peurs, des appréhensions, des inquiétudes. La mère notamment est étouffante. A la fois, elle adore son fils, mais elle le couve sans cesse pour le protéger. […] Et son père par ailleurs, qui est un inquiet, projette sa névrose dans une constipation chronique. Il y a des passages dignes de Rabelais où le père est sans cesse enfermé où vous pensez… C’est assez drôle, mais ce n’est pas du tout une farce scatologique. »

Hélène Combis, France Culture

Dumbo

Dumbo (États-Unis, 1941), un film de Ben Sharpsteen avec les voix de Verna Felton, Herman Bing et Billy Bletcher. Durée : 1h04. Reprise France : 3 octobre 1956. Produit par Disney et distribué par Buena Vista Pictures.

Un Disney à part, par son format (il dure à peine plus d’une heure), ses économies de moyen dans l’animation et la cohabitation de deux styles de dessin (avec celui des studios Fleischer), la dureté de son scénario (Dumbo ne parle jamais, est rejeté en permanence, il perd sa mère et fait l’objet de moqueries y compris des siens, c’est vraiment Bambi en plus dur) et surtout sa scène des éléphants roses complètement psychédélique et en même temps terrifiante, à mille lieux du reste de la production Disney. Le film lève un voile sur la part sombre à l’œuvre dans l’écriture des films du studio, il est à la fois fidèle au style de la maison et beaucoup plus direct, sans atours.

Indiscrétions

The Philadelphia Story (États-Unis, 1947), un film de George Cukor avec Katharine Hepburn, Cary Grant et James Stewart. Durée : 1h55. Sortie France : 2 avril 1947. Produit par la MGM et distribué par Warner Bros.

Sommet inégalé de la comédie sophistiquée avec son élégance raffinée à l’extrême (toilettes, champagne, piscine et réceptions), ses dialogues à double entente, spirituels faisant mouche en rafale et ses acteurs, instruments de précision comique et intellectuel (Stewart faire valoir de Cary Grant, Catherine Hepburn a sommet de son art) au service d’un Cukor qui atteint à une liberté de ton qui égale celle de Ernst Lubitsch.

Jean-Luc Lacuve, Ciné Club de Caen

Les Éternels

Jiang Hu Er Nü (Chine, 2019), un film de Jia Zhangke avec Zhao Tao, Liao Fan et Xu Zheng. Durée : 2h15. Sortie France : 27 février 2019. Produit par Huanxi Media Group et distribué par Ad Vitam.

Le film est fidèle à sa bande-annonce, qui faisait pas mal saliver à Cannes : c’est un très bon Jia Zhangke, qui met un peu à l’arrière-plan ses idées de grandes fresques de l’histoire chinoise au profit de l’approfondissement de ses personnages. Le couple du film est magnifique, Zhao Tao crève l’écran.

Les Glaneurs et la Glaneuse

Les Glaneurs et la glaneuse (France, 1999), un film documentaire de Agnès Varda avec Agnès Varda, Bodan Litnanski et François Wertheimer. Durée : 1h22. Produit et distribué par Ciné-Tamaris.

Un film à l’image de l’impression générale que m’a toujours donné Varda de son vivant : celle d’une cinéaste autocentrée, à l’empathie fausse, infoutue de parler d’autre chose qu’elle même. Les Glaneurs et la glaneuse auraient pu être un magnifique film s’il avait été tourné par Cavalier; chez Varda c’est une version abêtie de sa démarche, où le regard caméra et le propos sur son métier de cinéaste sont tellement appuyés qu’on n’a juste envie de la voir sortir du cadre.