Serpico

Serpico (États-Unis, 1974), un film de Sidney Lumet Al Pacino, John Randolph et Jack Kehoe. Durée : 2h10. Reprise France : 9 janvier 2008. Produit par Paramount et distribué par Les Acacias.

Serpico est un condensé des thèmes chers à Sidney Lumet et un chef d’œuvre d’interprétation pour Al Pacino, plusieurs années avant Avant Dog Day Afternoon, où l’acteur déploie le même jeu fébrile, et Prince of the City où le cinéaste explore également la question du devoir moral d’un policier au sein d’une ville gangrénée par la corruption.

Inspiré d’une histoire vraie, le film de Sidney Lumet offre un de ses grands rôles à Al Pacino métamorphosé (barbu et chevelu) en Frank Serpico, jeune flic intègre et idéaliste qui découvre la corruption généralisée de la police new yorkaise. C’est le début d’une croisade. Détesté de tous, collègues comme supérieurs, pour avoir voulu dénoncer des habitudes et des comportements inadmissibles et pourtant banalisés, Serpico devient un paria au sein du système, homme seul contre tous, et décide de rompre le silence, au péril de sa carrière, de sa sécurité et de sa santé mentale, toujours au bord de la paranoïa et du pétage de plombs. L’interprétation intense et fiévreuse de Pacino révolutionne l’image du héros romantique moderne mais aussi du flic urbain avec son look hippie et son impressionnante panoplie de déguisements qui lui permettent d’infiltrer avec discrétion et efficacité les milieux des dealers et des indics. Serpico est une œuvre marquante du cinéma américain des années 70, portée par le talent carré et sans fioritures de Sidney Lumet. Ce cinéaste prolifique et versatile a consacré la partie la plus passionnante de sa filmographie à la critique documentée des institutions américaines (justice, police, médias) et à sa ville bien-aimée de New York. Le sujet de Serpico est passionnant, son décor ne l’est pas moins. Au début des années 70 New York est une ville en faillite, en proie à une insécurité croissante et au début de l’explosion du trafic de drogue. Lumet filme une cité en déréliction, où la police est rongée de l’intérieur par le même mal qui contamine la rue et la société toute entière. Rarement un film aura capté avec une telle acuité l’atmosphère et le danger de New York dans ses heures les plus sombres, grâce à des prises de vues formidables et un réalisme propre à Lumet, excellent cinéaste au style invisible. — Olivier Père