Thunder Road

Thunder Road (États-Unis, 2018), un film de Jim Cummings avec Jim Cummings, Kendal Farr et Nican Robinson. Durée : 1h31. Sortie France : 12 septembre 2018. Produit par Vanishing Angle et distribué par Paname Distribution.

Avant d’être un long-métrage, Thunder Road était un court, qui correspond à la première séquence du film et que le réalisateur a décidé de rallonger. Scène mémorable, imprévisible, où, le jour de l’enterrement de sa mère, Jimmy ­Arnaud, policier texan, prend place ­devant l’assemblée pour faire un discours. Les souvenirs se mêlent anarchiquement aux regrets. Le fils endeuillé ­raconte la fois où sa mère enregistrait tous ses cours de fac sur des cassettes, car il était dyslexique. Il raconte la passion de la défunte pour Bruce Springsteen, et plus particulièrement pour la chanson qui donne au titre son film. Il souhaite lancer la musique, mais le lecteur CD emprunté à sa fille ne veut pas marcher. Alors il décide de la chanter, mais n’y arrivant pas, il décrit les paroles.

En quelques minutes, qui doivent en durer dix, le programme est à peu près fixé : Jim Cummings aimantera tout du long la caméra, prenant tout l’espace pour une sorte de performance façon Actors Studio totalement déréglée. La scène ne s’étire pas dans le sens d’un morceau de bravoure, mais vers le désarroi, l’impuissance – elle se dégonfle. A la suite de l’enterrement, Jimmy essuiera une série de catastrophes personnelles et presque aucune éclaircie ne viendra l’apaiser. Chaque nouveau séisme provoque son monologue, sa crise de nerfs, sa scène. Cummings semble envisager son film comme une série de tableaux où il exploite un seul sentiment jusqu’à épuisement : le deuil d’un fils, la haine cordiale entre deux ex-conjoints, le sentiment de voir sa fille grandir trop vite, ou encore l’amitié masculine. Une palette d’affects simples, quotidiens, souvent ­déceptifs, qu’il s’agit de peindre comme le ferait l’humoriste Louis C.K., et auxquels Cummings insuffle sa touche : une énergie du désespoir, une fêlure enfantine. — Murielle Joudet, Le Monde

Critique généreuse pour un film qui ne manque pas de qualités mais qui finit par s’affaisser sur lui-même dans la dernière demie-heure, faute de savoir tenir le rythme et ne pas tomber dans la surenchères scénaristique. Cummings est très bon acteur mais pas sûr qu’il ait intérêt à continuer de faire l’homme-orchestre sur un autre film, il mérite d’être bien dirigé par quelqu’un d’autre.