White Dog

White Dog (États-Unis, 1982), un film de Samuel Fuller avec Kristy McNichol, Christa Lang et Vernon Weddle. Durée : 1h30. Reprise France : 28 mai 2014. Produit et distribué par Paramount.

Adapté par Curtis Hanson, qui avait acheté les droits du roman de Romain Gary, le film devait être réalisé par Roman Polanski avant que ce dernier, poursuivi pour détournement de mineure, ne prenne la poudre d’escampette en Europe. Après diverses tentatives avortées dont un projet de téléfilm, c’est le vieux Samuel Fuller qui hérite, près de vingt ans après son dernier film de studio, de la mise en scène. Chien blanc, le roman de Romain Gary écrit en 1969, s’appuie sur une expérience traumatisante vécue par l’écrivain et sa compagne, Jean Seberg, lorsqu’ils vivaient à Los Angeles. Le couple s’était entiché d’un chien errant, trouvé par l’actrice dans une rue. A plusieurs reprises, le chien, par ailleurs docile, avait attaqué sans raison des gens de leur entourage, des Noirs, exclusivement. Seule explication possible : le chien avait été dressé à cet exercice, sans doute dans un Etat du Sud. Le roman de Gary, à travers la tentative de rééducation de l’animal, est une charge féroce non seulement contre la perversion du racisme, mais aussi l’ambivalence coupable des classes aisées blanches à une époque où, en dépit des progrès liés aux droits civiques des Noirs, ces questions sont encore loin d’être réglées. Au moins autant qu’aujourd’hui, du reste. En imposant que le film s’inscrive dans une veine horrifique, et donc dans le sillage de Spielberg, nouveau roi d’Hollywood, la Paramount entendait donc atténuer le caractère polémique du film, évacuant la dimension critique du racisme, cœur du sujet. C’était mal connaître Fuller. Son film, violent, osé, sans pitié, n’a rien perdu de sa virulence. — Libération